La boite à fils

Au mois d’août, lors d’un projet sur le textile en France, j’ai visité une boutique de seconde main de la Croix-Rouge.
La visite
Un bénévole de la boutique nous guide. La boutique comporte trois parties : le magasin de vêtements, un hangar servant à stocker et trier les dons, et un troisième espace pour vendre d’autres types d’objets, dont les livres et jouets.
Avant d’entrer dans la boutique, le travailleur bénévole nous explique le fonctionnement du magasin. Il indique que, bien que la Croix-Rouge applique des tarifs bas pour faciliter l’accès à des personnes ayant moins de moyens, tout le monde peut y faire des achats. Tout achat est bénéfique pour les actions locales de la Croix Rouge.
Nous avons un temps pour visiter la boutique pendant que l’autre partie du groupe visite le hangar. C’est petit mais bien rangé. Je parcours les quelques rayons. On voit que ça a été sélectionné avec soin. J’achète un short pour l’été.
La montagne de sacs
On se dirige ensuite vers le hangar. A l’intérieur, il y a un énorme tas de sacs collectés, en attente de tri. Le bénévole explique que la boutique fait face à un afflux de dons de mauvaises qualités, surtout depuis quelques mois. Il cite quelques raisons : la fast, voire ultra fast fashion, la surconsommation, mais aussi la nouvelle loi en matière de déchets textiles.
Depuis janvier, une directive européenne interdit de jeter les déchets textiles à la poubelle dans les Etats membres. Par conséquent, des vêtements usagers sont déposés dans les bornes de dons. Le guide parle de crise textile. Beaucoup de vêtements sont trop abîmés pour être revendus. Intérieurement, je fais le parallèle avec la Belgique, où l’on parle aussi de crise textile depuis quelques mois.
En sortant du hangar, je fais face à un double sentiment : à la fois l’admiration face au travail des bénévoles, et de l’impuissance. Je me sens comme écrasée par le poids des sacs, qui renferment tant de vêtements et tant de déchets.
La chasse au trésor
Après le hangar, nous visitons la 3e partie du magasin. En y entrant, je pense à une caverne d’Ali Baba. Je vois toutes sortes d’objets, sur les tables, au centre, et sur les étagères : des livres, des jouets, de la vaisselle… L’impuissance ressentie face aux sacs dans le hangar laisse place à l’émerveillement, celui d’une petite chasse aux trésors. Juste devant moi, sur la table à l’entrée, je vois une boite en bois, avec un motif étoilé. Je la trouve jolie mais je réfléchis.
Je parcours les rayons. En me promenant, je me demande quelle vie ont eu ces objets avant d’être ici. Par exemple, une broderie faite main, qui a dû prendre des heures, ou un set d’assiettes et de plats. Le bénévole dit que dans le temps, ce type de couverts se transmettaient dans les familles.
Je reviens à l’entrée du magasin. Je regarde la boite. Elle ferait une belle boite à bijoux.
Finalement, elle deviendra boite à fils.
